20/05/2026
Question d'orientation
Sur une chaîne d’information continue, le journaliste posa la question rituelle :
— Vous êtes de droite ou de gauche ?
L’invité répondit calmement :
— Je suis devant.
Le journaliste sourit, croyant à une esquive élégante.
Il répéta :
— Non, mais politiquement : droite ou gauche ?
L’homme répondit de nouveau :
— Devant.
Un léger flottement traversa le plateau.
Pendant quelques secondes, personne ne sut vraiment quoi faire de cette réponse.
Car elle détruisait la mécanique habituelle.
Le débat moderne adore les lignes horizontales :
droite, gauche, centre, extrêmes, blocs, camps.
Beaucoup moins les questions verticales :
avance-t-on ?
comprend-on le monde qui arrive ?
fabrique-t-on encore quelque chose ?
simplifie-t-on réellement ?
ou remplit-on seulement des tableaux sur “l’innovation agile” dans des PDF imprimés ?
Alors chacun continua à parler orientation.
Pendant ce temps, d’autres avançaient.
09:07 Publié dans Chronique, Impertinences | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : clivage, droite, gauche, impertinence
Chroniques du Grand Bureau Fluide
Notes d’observation sur la modernisation agile des structures mouvantes
Épisode 1 — L’atelier participatif
À 9h00, les agents de la Direction de la Fluidité Collaborative Numérique furent conviés à un atelier de co-construction dynamique destiné à repenser les pratiques de simplification opérationnelle.
Sur chaque table :
- un stylo quatre couleurs,
- trois post-it biodégradables,
- et un document PDF imprimé en noir et blanc.
Le Facilitateur Transverse expliqua avec enthousiasme que le fichier n’avait pas pu être rempli directement sur ordinateur « pour des raisons techniques liées à l’interopérabilité des flux ».
Personne ne demanda lesquelles.
Le silence organisationnel est une compétence métier.
L’atelier dura deux heures.
Les participants furent invités à écrire leurs propositions dans des cases minuscules prévues pour trois mots maximum.
Le thème officiel était pourtant :
« Imaginer collectivement les paradigmes innovants de la transversalité adaptative. »
Une agente osa demander s’il existait une version modifiable du document, sur ordinateur.
Le Facilitateur sourit avec bienveillance.
— C’est justement tout l’objet du chantier de transformation numérique actuellement engagé.
Cette phrase fut notée par plusieurs participants, car elle semblait importante.
Vers 11h30, un sous-groupe “Agilité et usages” fut constitué afin de réfléchir aux moyens d’éviter, à l’avenir, l’impression papier des documents de réflexion sur la dématérialisation.
Le compte rendu fut demandé pour le soir même en format PDF.
== Le Veilleur ==
08:56 Publié dans Chronique, Impertinences | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : numérique, chronique, impertinence, transversalité
04/04/2026
On ne parle plus vraiment.
On ne parle plus vraiment.
On aligne.
Vivre ensemble.
Lien social.
Bienveillance.
Les mots sont partout.
Ils circulent bien.
Ils ne rencontrent rien.
On ne dit plus ce qui ne va pas.
On dit qu’il faut retisser.
Réenchanter.
Coconstruire.
Personne ne demande
ce qui a été défait.
Ni par qui.
Le réel disparaît derrière des intentions.
Les conflits deviennent des “fragilités”.
Les décisions, des “feuilles de route”.
Et les mots finissent par remplacer les actes.
Ils donnent l’impression que quelque chose avance.
Alors que tout est déjà à l’arrêt.
— Le Veilleur
19:28 | Lien permanent | Commentaires (0)
Revue de presse Biélorusse
Ce matin, dans une revue de presse,
la Biélorussie et la Corée du Nord annoncent renforcer leur amitié.
Les mots sont impeccables.
Ils le sont toujours.
Là-bas, les alliances ont encore le mauvais goût d’être visibles.
Ici, elles sont devenues acceptables.
Non pas parce qu’elles sont différentes.
Mais parce qu’elles sont mieux présentées.
Ce qui change,
ce n’est pas toujours ce qui est fait.
C’est la manière
de le faire accepter.
— Le Veilleur
14:19 | Lien permanent | Commentaires (0)
11/01/2026
Bouche à bouche anti-philosophique
Néons crachent.
Poumons de béton.
Circuit court. Système mort.
Doigts bleus sur écran crasseux,
Cyberprolo, corps en réseau.
La Loire dort sous la brume,
Les forêts chuchotent, noms qui s’allument.
Christ à la casse,
Martel vomi l’histoire,
Je regarde en silence,
j’attends pas la gloire.
Colonies sur la Lune, marmites HLM,
Français disparaissent,
sourire de rien.
Purulence des mots,
bouche-à-bouche anti-philosophique,
Civilisation vomie, paillettes s’éclatent, frénétique.
Purulence des mots,
bouche-à-bouche anti-philosophique,
Je crache le monde, il se noie dans le numérique.
Michaux rit derrière les murs,
Artaud hurle, cendres en fissures.
Ayahuasca coule, esprit sur perfusion,
Je marche sur le fil, monde en dissolution.
Colonies Lune, codes qui explosent,
HLM, marmites, rien ne se propose.
Français s’activent, encore un effort,
Disparaître complet, fin de l’effort.
Néons dans le ciel,
Vapeurs acides, souffle en éveil.
Poumons de béton, circuits brûlants,
Silence mort, rien de palpitant.
Purulence des mots,
bouche-à-bouche anti-philosophique,
Civilisation vomie, paillettes s’éclatent, frénétique.
Purulence des mots,
bouche-à-bouche anti-philosophique,
Je crache le monde, il se noie dans le numérique.
Néons.
Vapeurs.
Poumons.
Silence.
12:09 Publié dans Impertinences, Survie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rap
Ni toujours ni partout dans la nuit
Tu ne vis pas une époque comme les autres…
Non. Tu vis le moment où l’humain hésite
entre rester vivant ou devenir compatible.
Ils disent : « c’est comme ça » Ils disent : « on n’y peut rien »
Ils disent : « j’préfère pas savoir » Moi, j’ai serré les dents.
J’ai avalé la colère.
J’ai continué à chercher là où eux cherchaient l’oubli.
La liberté n’est plus un droit, c’est un bug dans la matrice,
une anomalie qu’on corrige, une erreur qu’on met à jour.
Chaque jour où je refuse la mise à jour je prouve que j’existe encore.
Je ne hurle pas.
Je ne manifeste pas.
Je ne signe pas.
Je ne consens pas.
Je ne hurle pas.
Je ne manifeste pas.
J e ne signe pas.
Je ne consens pas.
Tous les mouvements visibles ont été capturés,
labellisés, vendus en slogan, recyclés en esthétique.
La révolte est devenue un produit dérivé.
La colère, un filtre.
La résistance, un logo.
Les vrais résistants ?
Tu les vois pas.
Tu les entends pas.
.Et c’est peut-être pour ça qu’ils sont encore debout.
Alors tu fais quoi maintenant ?
Pas grand-chose.
Mais c’est dans le rien que naît le vrai.
Je refuse les automatismes.
Je garde des pensées non partagées.
J’éteins mon téléphone pas pour me reposer
mais pour écouter ce qu’il m’empêche d’entendre.
Le silence n’est pas vide. Le silence respire.
C’est là que la liberté se cache encore.
Je ne hurle pas.
Je ne consens pas.
Pas à tout.
Pas toujours.
Je ne hurle pas.
Je ne consens pas.
Juste assez
pour créer une dissonance.
Toi, l’insoumis lucide,
t’as pas besoin de crier.
Le système digère tout…
sauf ceux
qui cessent
de participer.
12:08 | Lien permanent | Commentaires (0)
17/10/2025
De la lucidité comme premier acte de survie en France
De la lucidité comme premier acte de survie en France
Revenir en France, c’est comme remonter sur un navire que l’on croyait solide, pour le découvrir à la dérive. Les circulaires administratives se multiplient, les logiciels se déploient par vagues, et la langue de bois masque un chaos persistant. L’illusion d’ordre côtoie l’inertie réelle.
Dans ce paysage, la lucidité devient le premier acte de survie. Observer sans se perdre, discerner l’urgent de l’essentiel, reconnaître les foyers où l’action a encore du sens… C’est apprendre à nager autrement, à guider quelques passagers autour de soi, même si la mer est agitée et le navire en déclin.
On ne peut pas tout sauver. On peut seulement préserver ce qui a de la valeur, transmettre ce qui résiste et rester vivant dans son esprit, pour soi et pour ceux qui viendront après nous. La lucidité, dans un monde en décomposition, n’est pas pessimisme : c’est une arme, un phare, un acte de résistance silencieuse.
Comme dirait Jacques Attali, il ne faut être ni pessimiste, ni optimiste, mais simplement agir.
Erkin Jon – Homme libre
11:44 Publié dans Impertinences, Survie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lucidité, action, langue de bois, déclin
ZEBRUS EXPRESS : la bête est dans le bus !
Chronique pour un été ordinaire - le prochain été bien sûr !
À partir du 2 juillet, et jusqu’au 27 août 2026 (sous réserve de canicule, effondrement social ou attaque de cigognes migratoires), une navette quotidienne reliera la gare de XXX au très renommé parc zoologique ZEBRUS, joyau bétonné de l’imaginaire animalier local.
Plusieurs arrêts dits "stratégiques" (si, si) jalonneront le parcours :
-
Place des Grands Hommes (dont aucun ne prend le bus)
-
Office de Tourisme (fermé entre midi et 14h30)
-
La Cathédrale (photo obligatoire pour prouver qu’on a "fait" la ville)
-
L’EHPAD (point de départ ou d’arrivée selon l’espérance de vie)
Tarif unique : 2,25 €.
Soit 0,012 € le rugissement entendu, ou 0,35 € la girafe entre deux panneaux publicitaires.
Horaires optimisés pour :
-
Les familles en sandales qui cherchent du frais et du vivant
-
Les Allemands sans voiture mais avec casquette
-
Les petits-enfants des GI qui cherchent leurs racines entre deux cornets de glace
-
Et les retraités de plus de 82 ans (offre valable jusqu'à épuisement des sièges ou des participants)
- On se prépare !
11:43 Publié dans Chronique, Impertinences | Lien permanent | Commentaires (0)
04/10/2025
Le blason d'Erkin Jon
L'emblème d'Erkin Jon, pseudonyme qui signifie "homme libre". Nom d'écriture qui me vient de loin et avec lequel je signe mes chroniques.
Voici mon emblème narratif, stylisé comme une estampe ou un blason poétique : La grue migratrice, messagère céleste, survole un cavalier des steppes, vêtu d’un manteau de feutre et coiffé d’un kalpak, avançant sur un cheval trapu à travers les plaines dorées. Tous deux vont dans le même sens, portés par le souffle de la liberté.

12:17 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : emblème, blason, pseudo, homme libre
Je publie une chronique "du coup" ?
« Du coup, ça ne nourrit pas »
Il est des tics de langage qui font saliver les sociolinguistes.
Le « du coup » contemporain, par exemple. Jadis austère connecteur de conséquence, il s’est mué en condiment universel de la conversation. On le saupoudre en entrée, on le ressert au milieu, on le laisse traîner au dessert.
— « J’ai pas dormi de la nuit, du coup je suis crevé. »
— « On fait une soirée ? Du coup, j’achète quoi ? »
— « Je t’écoute, du coup… »
Le « du coup » ne dit plus la conséquence, il dit la convivialité. Il remplit, relance, cimente. Comme le ketchup dans certains fast-foods, il colle plus qu’il n’assaisonne.
Mais à force de l’entendre à toutes les sauces, l’oreille fatigue. Les puristes froncent les sourcils, les pédagogues s’arrachent les cheveux, les chercheurs se frottent les mains : voilà un sujet en or pour un mémoire de sociolinguistique.
Car le « du coup » ne nourrit pas la logique… mais il nourrit les conversations.
Et les mémoires des étudiants. Et les bibliothèques universitaires.
Pas les estomacs.
Alors, du coup, il est temps d’aller faire les courses.
Erkin Jon - L'homme libre
11:55 Publié dans Diversité linguistique, Impertinences | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : du coup, sociolinguistique


