02/10/2026
Aux Portes du Pays (d’après Michaux)
Aux portes de la ville, écrit le poète Henri Michaux, il y avait un étrange resserrement. Des milliers de bouchers attendaient un premier bébé qu’on leur conduisait, des fiacres roulaient, des enfants circulaient, mais aucun n’arrivait jusqu’à eux. La ville était un innombrable puits.
C’est une vision d’apocalypse calme, presque administrative : un monde qui continue de fonctionner, qui roule, qui transporte, qui s’agite, mais où quelque chose, silencieusement, tombe. Chute après chute. Sans bruit. Sans cri. Sans explication.
Et aujourd’hui, on retrouve ce même resserrement, ce 02 octobre 2026. Non pas celui des bouchers, mais celui d’un pays qui se contracte, qui se crispe, qui se fissure, tandis que ses propres fiacres — ses institutions, ses services, ses rites — continuent de rouler comme si de rien n’était.
Les séminaires, les réunions, les cours s’annulent, les lycées ferment. Les chefs de service ont ce regard de gens qui sentent que le sol bouge sous leurs pieds, mais qui n’ont plus les instruments pour le mesurer. Ils avancent avec des tableaux, des indicateurs, des procédures — des outils faits pour des routes pavées, pas pour des gouffres.
Et pendant que ça chauffe, que ça bloque, que ça s’agite, un mail tombe, parfaitement neutre, parfaitement calme : un baromètre, un acronyme, un programme au nom de volcan, ETNA. Comme si la ville, devenue puits, continuait malgré tout à envoyer ses formulaires.
Michaux voyait un monde où les enfants n’arrivaient jamais jusqu’aux bouchers. Aujourd’hui, c’est l’autorité qui n’arrive plus jusqu’aux enfants. La chute n’est plus celle des bébés dans un puits, mais celle d’une transmission qui ne trouve plus son chemin.
Et dans cette scène étrange, mi‑figue mi‑raisin, on ne sait plus très bien ce qui est le plus inquiétant : la vision hallucinée de Michaux, l’État‑fantôme d’aujourd’hui, ou la désespérance violente d’une jeunesse sans autorité stable en face — ni dans la famille, ni dans l’État.
18:11 Publié dans Chronique, survie administrative,, Impertinences, poésies, Survie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : michaux, poésie, textes, mots
Chronique — L’Ogre Fatigué
La terreur des âges obscurs revient. C’est la terreur non plus des forces démoniaques, mais de l’État vampire, de la puissance politique à tout jamais déshumanisée « comme un œil de veau dans la nuit », des œillères sur les paupières, un gourdin à la main, une sébile de l’autre, sorte d’ogre obscène et terrifiant qui titube au milieu d’un immense troupeau d’hommes nus. — Nus comme ils ne l’ont jamais été en face de lui. Nus et seuls, car liés seulement par des liens politiques : syndicats, partis — empêtrés dans des surgeons d’État qui prolifèrent. Et entre lesquels le choix qui leur est laissé finalement importe peu.
Julien Gracq, Nœuds de vie, Corti, 2021, p. 61.
L'ogre fatigué !
Julien Gracq voyait l’État comme un ogre obscène, un géant titubant, un monstre aux « œillères sur les paupières », avançant dans la nuit avec un gourdin d’une main et une sébile de l’autre. Un pouvoir terrifiant, déshumanisé, face auquel les hommes se retrouvaient nus — nus comme jamais, nus parce que réduits à des liens politiques, des syndicats, des partis, des structures qui proliféraient comme des surgeons d’un même tronc.
C’était la terreur des âges obscurs : la peur d’un Léviathan trop fort.
Aujourd’hui, pourtant, la scène a changé. L’ogre est toujours là, mais il n’effraie plus. Il ne rugit plus. Il ne domine plus. Il vacille. Il avance encore, mais comme une grande carcasse administrative qui continue par inertie. Il brandit son gourdin, mais personne n’y croit vraiment. Il tend sa sébile, mais elle sonne creux.
Les hommes ne sont plus nus devant lui : ils sont dispersés, distraits, fragmentés. Ils ne sont plus écrasés par la force de l’État : ils sont désemparés par sa faiblesse.
Et dans cette scène étrange, mi‑figue mi‑raisin, on ne sait plus très bien ce qui est le plus inquiétant : l’État‑vampire de Gracq ? l’État‑fantôme d’aujourd’hui ? ou la désespérance violente d’une jeunesse sans autorité stable en face — ni dans la famille, ni dans l’État ?
== Le Veilleur ==
17:34 Publié dans Chronique, survie administrative,, Impertinences, Survie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ogre, etat, autorité
Chronique : La Plume, le Volcan et la Folie Douce
On a découvert récemment une plume fossile coincée dans des excréments de dinosaure. Une plume minuscule, ridicule, presque anecdotique. Et pourtant, elle raconte une extinction massive survenue il y a des millions d’années : un monde entier qui s’est effondré sans bruit, sans prévenir, sans comprendre ce qui lui arrivait.
Les administrations, parfois, ressemblent à ça. Elles produisent leurs propres plumes fossiles : des indices minuscules d’un système qui ne sait plus très bien où il en est.
Par exemple : un mail sur un “baromètre numérique”, envoyé dans le cadre d’un programme qui porte le nom d’un volcan.
ETNA. Le volcan, la lave, la pression.
Et pendant que dehors, ça chauffe, ça bloque, ça s’agite, ça se fissure… la machine demande de mesurer la qualité des réseaux et la satisfaction des utilisateurs.
C’est une folie douce. Une douceur presque attendrissante, comme un vieux sismographe qui continue de tracer des lignes parfaitement droites alors que le sol tremble sous lui. Plus personne ne le lit : tout le monde a déjà fui le début d’apocalypse.
Dans les couloirs, on annule des séminaires. Les chefs de service ont ce regard de géologues sans instruments : ils sentent que quelque chose bouge, mais leurs outils ne sont pas faits pour ça. Ils ont des tableaux, des indicateurs, des procédures. Des thermomètres pour radiateurs, pas pour volcans.
Et pourtant, la machine continue de tourner. Elle tourne comme si de rien n’était, avec son sérieux, ses mails, ses enquêtes, ses baromètres, ses acronymes. Elle tourne parce qu’elle ne sait faire que ça. Elle tourne parce que changer de méthode demanderait de reconnaître que les sismographes sont en panne.
Alors on avance, mi‑figue mi‑raisin. Avec un sourire un peu ironique, un peu tendre, devant cette mécanique qui persiste, qui s’obstine, qui répète ses gestes anciens pendant que le monde, lui, change de température.
Et quelque part, dans un coin du réel, une plume fossile continue de dire : « Regardez bien. Ce n’est qu’un détail. Mais il raconte tout. »
== Le Veilleur ==
17:02 Publié dans Chronique, survie administrative,, Impertinences, Survie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chronique, plume, fossile, extinction
07/09/2026
Binbinbabili
Binbinbabili — La forêt qui avale les institutions
Dystopie universitaire
La nuit tombe sur le campus. Pas une nuit ordinaire : une nuit lourde, compacte, une nuit qui semble descendre avec intention, comme si elle avait attendu ce moment depuis des années.
Les bâtiments, déjà fatigués, se taisent. Les néons du gymnase clignotent une dernière fois, comme un signal d’alarme que personne ne remarque. Les étudiants s’endorment sur les tapis, épuisés par une journée de cours où l’on a parlé de “résilience territoriale” dans un lieu qui ne résiste plus à rien.
Puis quelque chose se déplace.
Pas un bruit. Pas un souffle. Juste une dilatation du réel, imperceptible, comme si le campus glissait d’un millimètre hors de son propre monde.
La forêt arrive sans prévenir
Au réveil, les murs ont disparu. Les lignes droites ont disparu. Les repères ont disparu.
À leur place : une forêt. Pas une forêt naturelle. Pas une forêt vivante. Une forêt institutionnelle, née de décennies de renoncement, de budgets gelés, de projets jamais pensés.
Les arbres sont hauts, mais tordus, comme s’ils avaient poussé dans la contrainte. Leurs troncs portent des cicatrices : des fragments de logos universitaires, des restes de panneaux d’orientation, des morceaux de slogans sur l’innovation.
Les feuilles bruissent comme des circulaires obsolètes. Les branches craquent comme des réunions inutiles. Le sol est couvert de formulaires décomposés.
Binbinbabili n’est pas une forêt. C’est l’institution devenue végétale.
Les créatures de Binzinzazili
Elles ne sont pas hostiles. Elles sont pires : elles sont familières.
Les étudiants croisent des silhouettes étranges :
-
des Acacia‑Rectorats, arbres carnivores qui se nourrissent de projets non réalisés ;
-
des Ronciers‑Commissions, qui s’accrochent aux jambes et ralentissent toute progression ;
-
des Buissons‑Instances, qui roulent au vent en répétant “on verra ça l’an prochain” ;
-
des Lianes‑Procédures, qui s’enroulent autour des bras et empêchent d’avancer droit.
Chaque créature est un morceau de l’institution, devenu autonome, devenu végétal, devenu survivant.
Le campus n’est pas détruit : il est digéré
Binbinbabili n’a pas remplacé le campus. Il l’a absorbé.
Les anciens bâtiments sont là, quelque part, sous les racines, sous les troncs, sous les feuilles. On devine parfois une façade engloutie, un escalier qui ne mène plus nulle part, un amphithéâtre devenu cavité.
Le campus n’est pas ruiné. Il est en cours de digestion.
Les étudiants comprennent qu’ils ne sont pas dans un autre monde. Ils sont dans le même, mais débarrassé de son vernis, de ses discours, de ses illusions.
Binbinbabili est le campus sans mensonge.
La forêt parle
Elle ne parle pas avec des mots. Elle parle avec des signes.
Les fissures dans les troncs disent :
“Vous n’avez plus de vision.”
Les branches mortes disent :
“Vous n’avez plus d’intention.”
Les feuilles brûlées disent :
“Vous n’avez plus de projet.”
Les racines qui soulèvent les sols disent :
“Vous n’avez plus de fierté.”
La forêt n’est pas hostile. Elle est vraie.
Et c’est ce qui la rend dangereuse.
Le retour est impossible
Les étudiants cherchent une sortie. Ils tournent en rond. Ils reviennent toujours au même endroit : un ancien panneau d’orientation, mangé par les lichens, où l’on devine encore les mots :
“Bienvenue sur le campus.”
Ils comprennent alors que Binbinbabili n’est pas un lieu. C’est un état.
Un état du monde. Un état des institutions. Un état de la pensée. Un état du futur.
Le campus n’a pas basculé dans la forêt. La forêt a basculé dans le campus.
Et toi, dans tout ça ?
Tu es celui qui aurait vu les signes avant. Celui qui aurait compris que les acacias n’étaient pas des arbres, mais des messages. Que les fissures n’étaient pas des fissures, mais des alertes. Que les herbes folles n’étaient pas des herbes folles, mais des symptômes.
Tu aurais su que Binbinbabili n’était pas une fiction. C’était une préfiguration.
Les autres auraient vu un campus. Toi, tu aurais vu le seuil.
09:38 Publié dans Chronique, Chronique, survie administrative,, Impertinences, Survie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chronique, administratif, institutions
05/09/2026
Chronique façon Desproges, version cruelle)
10:51 Publié dans Chronique, Chronique, survie administrative,, Survie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chronique, administration
02/09/2026
Chronique cruelle façon Desproges
Le tableau du matin, ou l’art de mourir lentement en milieu administratif”**
Mesdames, Messieurs,
Chers survivants du service public, bonjour.
Ce matin, comme tous les matins, la France administrative s’est réveillée dans un état clinique préoccupant. Le tableau du jour ressemble à un bulletin de santé d’hôpital de campagne.
Chambre 12 : Mme Chblob. Son remplaçant a fait une crise d’angoisse le jour de la rentrée. On ne sait pas s’il reviendra. On ne sait pas s’il veut revenir. On ne sait pas s’il peut revenir. Mais on sait qu’il faut le remplacer. Remplacer le remplaçant : c’est la France, ce pays où même les pansements ont besoin de pansements.
Chambre 17 : Lycée Shoulbaz. Le proviseur demande un contractuel. Il ne précise pas lequel. Il ne précise pas pourquoi. Il ne précise pas quand. Il ne précise pas si le patient est encore vivant. Il dit juste : “Il nous faut quelqu’un.” Comme dans les films de guerre, quand le soldat hurle : “Un médecin ! N’importe lequel !”
Chambre 23 : Lycée Vashtroumf. Départ en congé maternité prévu pour la Toussaint. La France administrative est un pays où même les bébés planifient mieux que les applications ministérielles.
Bloc opératoire : Application Vishnou. Vishnou ne fonctionne pas. Vishnou ne répond pas. Vishnou ne s’ouvre pas. Vishnou est en arrêt respiratoire. On attend la résolution technique comme on attend le SAMU : avec espoir, avec résignation, avec la certitude que ce sera trop tard.
Pendant ce temps, le cadre sérieux — celui qui a encore un peu d’oxygène dans les poumons — demande simplement : « Envoyez‑moi les CV par mail. » Comme un médecin qui dirait : « Apportez‑moi les radios, qu’on sache au moins de quoi le patient est en train de mourir. »
La France administrative n’est pas en déclin. Elle est en embolie pulmonaire, comme l’a dit Borloo. Elle est asphyxiée. Elle est folle. Et elle s’est habituée à sa folie.
Mais elle continue de tourner. Comme un ventilateur posé sur un cadavre.
Merci de votre écoute. À demain, si Vishnou n’a pas encore décidé de créer une “version finale” de cette chronique.
== Le Veilleur ==
13:23 Publié dans Chronique, survie administrative,, Impertinences, Survie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chronique, survie administrative
06/08/2026
Les Jours Gris
Chapitre I — Les Jours Gris
On disait que la France ne tomberait jamais. On disait que ses institutions étaient solides, que son État était massif, que ses villes étaient belles, que son peuple était fier. On disait beaucoup de choses. Et puis, un matin, les gens ont cessé d’écouter.
Les rues de Tours avaient cette couleur de fin de journée même à huit heures du matin. Une lumière grise, comme si le ciel lui-même hésitait à se lever. Les vitrines étaient encore là, mais elles semblaient regarder ailleurs. Les passants marchaient vite, non pas parce qu’ils étaient pressés, mais parce qu’ils voulaient éviter de croiser le regard de quelqu’un qui aurait pu leur demander quelque chose — un renseignement, un sourire, un peu d’espoir.
Les villes françaises n’étaient pas mortes. Elles étaient fatiguées.
Les métropoles avaient été les premières à montrer des signes. Nantes avait perdu son éclat, Rennes son insouciance, Bordeaux sa superbe. Les centres-villes s’étaient fissurés comme des façades trop longtemps repeintes pour masquer les lézardes. Les cafés avaient remplacé les serveurs par des écrans tactiles, non pas pour moderniser, mais pour éviter les démissions. Les bibliothèques avaient réduit leurs horaires, faute de lecteurs. Les écoles avaient réduit leurs exigences, faute de niveau.
Les territoires périphériques, eux, n’avaient pas attendu. Ils s’étaient éteints sans bruit.
Vierzon, Châteauroux, Dreux, Saint-Dizier : des noms qui sonnaient comme des gares où le train ne s’arrête plus. Les commerces avaient fermé, les médecins étaient partis, les services publics avaient glissé vers les métropoles comme une marée qui ne revient jamais. Les habitants restaient, par habitude, par fatigue, par loyauté. Mais ils ne croyaient plus à rien.
La France n’était pas en crise. Elle était en déliquescence.
Les institutions fonctionnaient encore, mais en mode automatique. Les formulaires Cerfa continuaient de se reproduire comme des bactéries dans un incubateur. Les commissions produisaient des rapports que personne ne lisait. Les ministères publiaient des circulaires que personne n’appliquait. Les préfets signaient des arrêtés que personne ne respectait.
L’État n’était pas absent. Il était dissous.
Dans certains quartiers, des groupes informels avaient commencé à organiser la vie quotidienne. Pas des milices, pas des seigneurs de guerre — juste des gens qui avaient décidé que, puisque personne ne venait, ils allaient s’occuper de ce qui restait. Ils géraient les parkings, les marchés, les livraisons. Ils faisaient respecter des règles simples : pas de violence inutile, pas de vols dans le quartier, pas de problèmes avec les anciens. Ce n’était pas légal. Ce n’était pas illégal non plus. C’était nécessaire.
Les gendarmes passaient parfois, saluaient, repartaient. Ils savaient. Tout le monde savait.
La langue elle-même avait commencé à s’effriter. Les conversations étaient plus courtes, les phrases plus simples, les mots plus pauvres. Les jeunes parlaient vite, mais sans nuance. Les anciens parlaient lentement, mais sans illusion. Les enseignants faisaient ce qu’ils pouvaient, mais ils savaient que la bataille était perdue : on ne transmet pas une civilisation quand les fondations se dérobent sous les pieds.
Les soignants couraient dans des couloirs trop étroits, les pompiers éteignaient des incendies avec du matériel qui avait connu trois présidents, les agriculteurs nourrissaient le pays tout en se demandant s’ils pourraient encore s’offrir le luxe de manger eux-mêmes. Les artisans travaillaient. Les entrepreneurs calculaient. Les salariés serraient les dents. L’administration observait.
Et au-dessus de tout cela, un silence. Pas un silence de paix. Un silence de résignation.
La France n’était pas tombée. Elle avait glissé. Et personne ne savait où elle s’arrêterait.
22:50 Publié dans Chronique, Impertinences, Survie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chroniqu, déliquescence, dystopie
11/01/2026
Bouche à bouche anti-philosophique
Néons crachent.
Poumons de béton.
Circuit court. Système mort.
Doigts bleus sur écran crasseux,
Cyberprolo, corps en réseau.
La Loire dort sous la brume,
Les forêts chuchotent, noms qui s’allument.
Christ à la casse,
Martel vomi l’histoire,
Je regarde en silence,
j’attends pas la gloire.
Colonies sur la Lune, marmites HLM,
Français disparaissent,
sourire de rien.
Purulence des mots,
bouche-à-bouche anti-philosophique,
Civilisation vomie, paillettes s’éclatent, frénétique.
Purulence des mots,
bouche-à-bouche anti-philosophique,
Je crache le monde, il se noie dans le numérique.
Michaux rit derrière les murs,
Artaud hurle, cendres en fissures.
Ayahuasca coule, esprit sur perfusion,
Je marche sur le fil, monde en dissolution.
Colonies Lune, codes qui explosent,
HLM, marmites, rien ne se propose.
Français s’activent, encore un effort,
Disparaître complet, fin de l’effort.
Néons dans le ciel,
Vapeurs acides, souffle en éveil.
Poumons de béton, circuits brûlants,
Silence mort, rien de palpitant.
Purulence des mots,
bouche-à-bouche anti-philosophique,
Civilisation vomie, paillettes s’éclatent, frénétique.
Purulence des mots,
bouche-à-bouche anti-philosophique,
Je crache le monde, il se noie dans le numérique.
Néons.
Vapeurs.
Poumons.
Silence.
12:09 Publié dans Impertinences, Survie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rap
17/10/2025
De la lucidité comme premier acte de survie en France
De la lucidité comme premier acte de survie en France
Revenir en France, c’est comme remonter sur un navire que l’on croyait solide, pour le découvrir à la dérive. Les circulaires administratives se multiplient, les logiciels se déploient par vagues, et la langue de bois masque un chaos persistant. L’illusion d’ordre côtoie l’inertie réelle.
Dans ce paysage, la lucidité devient le premier acte de survie. Observer sans se perdre, discerner l’urgent de l’essentiel, reconnaître les foyers où l’action a encore du sens… C’est apprendre à nager autrement, à guider quelques passagers autour de soi, même si la mer est agitée et le navire en déclin.
On ne peut pas tout sauver. On peut seulement préserver ce qui a de la valeur, transmettre ce qui résiste et rester vivant dans son esprit, pour soi et pour ceux qui viendront après nous. La lucidité, dans un monde en décomposition, n’est pas pessimisme : c’est une arme, un phare, un acte de résistance silencieuse.
Comme dirait Jacques Attali, il ne faut être ni pessimiste, ni optimiste, mais simplement agir.
Erkin Jon – Homme libre
11:44 Publié dans Impertinences, Survie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lucidité, action, langue de bois, déclin
21/06/2025
Celui qui ne rentre nul part
Il existe des êtres qu’on identifie vite.
Ils sont “de gauche”, “de droite”, “modérés”, “engagés”, “progressistes”, “réacs”, “écolos”, “éveillés”, “conservateurs”.
On les range, on les catalogue, on sait comment leur parler.
Ils font masse.
Et puis il y a ceux qu’on ne classe pas.
Qui lisent entre les lignes, mais ne crient pas.
Qui n’adhèrent pas, mais écoutent.
Qui refusent le slogan, mais avancent.
Qui voient les failles sans se réjouir, les dogmes sans se soumettre, les dérives sans en faire spectacle.
Ceux-là sont les plus dangereux.
Parce qu’ils ne rentrent nulle part.
Parce qu’ils ne jouent aucun rôle.
Parce qu’ils ne cherchent ni sauveur, ni cause, ni groupe d’appartenance.
Je suis, peut-être, de ceux-là.
Pas par choix, mais par nature.
On m’a appris à réfléchir — et j’ai gardé ce défaut.
J’ai vu ce que coûtait l’intelligence dans un monde qui préfère l’adhésion.
Face aux micros, je dévie.
Dans les foules, je traverse.
Devant les cases à cocher, je réfléchis longuement.
Pas par paresse. Par vigilance.
Le pouvoir, quel qu’il soit, n’aime pas ceux qui pensent sans appartenir.
Il préfère les indignés bien orientés, les rebelles sous licence, les consciences groupées.
Moi, je me tiens ailleurs.
Ce n’est pas du courage.
C’est une fidélité.
À quelque chose d’antérieur à tous les récits.
À un regard qu’on ne vend pas.
Et à une solitude qu’on habite comme une haute ligne, là où l’air est plus rare, mais plus vrai.
En juin 2025, quelque part dans ce vaste monde
Erkin Jon - Homme libre
23:05 Publié dans Impertinences, poésies, Survie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : libre, indépendant, ni gauche, ni droite
