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20/12/2016

Faire du bien sans faire de bruit

 

« J'ai désiré faire le bien mais je n'ai pas désiré faire du bruit, parce que j'ai senti que le bruit ne faisait pas de bien et que le bien ne faisait pas de bruit. »

– L.C. de Saint-Martin

02/10/2011

Une journée à la colonie pénitenciaire

Une journée à la colonie pénitentiaire pour adolescent de Neve

Le 06 décembre 1999

Russie

              Quand le jour s'est levé sur la colonie nous étions au chaud dans le bureau du directeur. Au dehors, le site était cristallisé par le givre. Le camion garé depuis la veille devant l'entrée du bâtiment suscitait l'intérêt de tous, et brisait déjà quelque peu l'inertie installée avec l'hiver. Car ici, que peut-il se passer ? La colonie est "posée" sur une colline, à l'écart de la petite ville de Nevel. Presque un bastion isolé, un poste militaire aux confins d'un territoire désertique. Autour, c'est vide !

 

            Le directeur, un nouveau, était anxieux, inquiet de recevoir une délégation de l'Ambassade de France. Enfin , je ne sais quel raison lui fit décider, soudain, qu'il fallait visiter les lieux. Il y a l'extérieur et l'intérieur. Là, comme presque partout en Russie, les installations sont en briques et paraissent plus anciennes qu'elles ne le sont. L'extérieur, c' est le lieu de travail du personnel, c'est la chaufferie qui fonctionne au charbon, c'est l'entrepôt et c'est l'immeuble pour les familles du personnel administratif et des gardiens. Je ne peux m'empêcher de penser que les enfants du personnel vivent aussi un peu en prison. L'intérieur, c'est une grande enceinte avec un premier mur couvert de barbelés et une clôture de barbelé à 5 mètres de distance. Pour entrer, il faut franchir un sas avec des doubles portes.

            Notre visite commença par le petit bâtiment de l'infirmerie. Les quelques malades présents se mirent au garde-à-vous. Ils attendaient, assis sur les lits, sans un livre. le médecin parla de quelques cas de tuberculose qu'il ne pouvait soigner sur place. Puis, nous visitâmes l'école. Celle-ci ressemble à toutes les écoles vétustes de province. Au premier étage (à la russe) une équipe lavait le sol à genoux, serpillière à la main. Un adolescent détenu chargé de l'escalier se présenta à nous par les chaussures : sur celles-ci, nom et numéro de matricule étaient peints en blanc. Les professeurs sont des femmes motivées et chaleureuses et elles enseignent le même programme permettant de recevoir le diplôme de fin d'études secondaires. Pour aider à la réinsertion, rien n'est inscrit sur ce document quant à la peine purgé par l'adolescent. Certains "élèves" se souvenaient de la mission précédente. Beaucoup sont emprisonnés pour vols avec récidives...2, 3, 5 ans et même 9 ans pour un jeune d'une quinzaine d'année. Pour une telle peine, il ne s'agit plus de vol. Inutile de poser la question. L'histoire douloureuse de chacun pourrait se lire dans les yeux, sur le corps. Les crânes rasés permettent la lecture des coups reçus dans leur vie d'avant l'emprisonnement. Certains sont visiblement mieux ici que dans leur famille. Ils mangent à leur faim et apprennent à lire et à écrire.

            Ensuite, nous devions visiter les deux immeubles, identiques dans leur conception, où sont situés les chambres, les sanitaires et les salles de loisir. Les jeunes sont par chambrées de 30. L'espace est tellement limitée qu'il ne peut y avoir de table de chevet entre les lits. Pas d'armoire personnelle. Une pièce est équipée de grandes tringles pour y suspendre les effets civils. La télévision est présente dans de grandes salles munies de bancs. Une petite pièce où trône un samovar permet la pause thé ou café. "Les petits sachets de café et de soupe emballés par nos soins seront utiles" dit Frédérique. Je me dis aussi que les quelques livres en russe que j'ai apportés iront enrichir et renouveler le choix dans la petite bibliothèque.

            Sachez que les détenus fabriquent eux-mêmes, quotidiennement, 300 pains et participent à la cuisine collective. Un autre grand bâtiment est consacré à la formation professionnelle. Initiation à la mécanique, plomberie rudimentaire, travail du métal pour fabriquer des outils de jardinage, cordonnerie afin réparer les chaussures défaillantes.

En ce qui concerne la livraison des colis, voici ce que je peux en dire car cela s'est déroulé très vite :

 

            Ils marchèrent au pas et en cadence jusqu'à l'école. Ils se rangèrent, groupe par groupe dans le hall, sous l'oeil vigilant des gardiens. Nous distribuâmes à chacun un colis, non sans avoir précisé que malgré les différentes tailles le contenu était le même. Tout se passa très vite, mais je lisais dans les regards et dans les réactions des jeunes et des gardiens que notre opération apportait, sinon du bonheur, au moins du réconfort en cette fin d'année. J'ajouterais, pour terminer, que les jeunes semblaient correctement traités par des gardiens qui se comportaient humainement.