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02/09/2026

Chronique cruelle façon Desproges

Le tableau du matin, ou l’art de mourir lentement en milieu administratif”**

Mesdames, Messieurs,

Chers survivants du service public, bonjour.

Ce matin, comme tous les matins, la France administrative s’est réveillée dans un état clinique préoccupant. Le tableau du jour ressemble à un bulletin de santé d’hôpital de campagne.

Chambre 12 : Mme Chblob. Son remplaçant a fait une crise d’angoisse le jour de la rentrée. On ne sait pas s’il reviendra. On ne sait pas s’il veut revenir. On ne sait pas s’il peut revenir. Mais on sait qu’il faut le remplacer. Remplacer le remplaçant : c’est la France, ce pays où même les pansements ont besoin de pansements.

Chambre 17 : Lycée Shoulbaz. Le proviseur demande un contractuel. Il ne précise pas lequel. Il ne précise pas pourquoi. Il ne précise pas quand. Il ne précise pas si le patient est encore vivant. Il dit juste : “Il nous faut quelqu’un.” Comme dans les films de guerre, quand le soldat hurle : “Un médecin ! N’importe lequel !”

Chambre 23 : Lycée Vashtroumf. Départ en congé maternité prévu pour la Toussaint. La France administrative est un pays où même les bébés planifient mieux que les applications ministérielles.

Bloc opératoire : Application Vishnou. Vishnou ne fonctionne pas. Vishnou ne répond pas. Vishnou ne s’ouvre pas. Vishnou est en arrêt respiratoire. On attend la résolution technique comme on attend le SAMU : avec espoir, avec résignation, avec la certitude que ce sera trop tard.

Pendant ce temps, le cadre sérieux — celui qui a encore un peu d’oxygène dans les poumons — demande simplement : « Envoyez‑moi les CV par mail. » Comme un médecin qui dirait : « Apportez‑moi les radios, qu’on sache au moins de quoi le patient est en train de mourir. »

La France administrative n’est pas en déclin. Elle est en embolie pulmonaire, comme l’a dit Borloo. Elle est asphyxiée. Elle est folle. Et elle s’est habituée à sa folie.

Mais elle continue de tourner. Comme un ventilateur posé sur un cadavre.

Merci de votre écoute. À demain, si Vishnou n’a pas encore décidé de créer une “version finale” de cette chronique.

== Le Veilleur ==