05/09/2026
Chronique façon Desproges, version cruelle)
Chronique façon Desproges, version cruelle
Toujours avec Jean-Pierre, Marc et Françoise !
“L’administration française, ce cadavre qui bouge encore”**
Mesdames, Messieurs, chers contribuables, chers administrés, chers administrateurs administrés par des administrateurs administrés, bonjour.
Aujourd’hui, parlons de la France. Pas la France qui gagne, non. La France qui expire. La France qui agonise. La France qui respire comme un accordéon troué. La France qui, selon Jean‑Louis Borloo, est en embolie pulmonaire — ce qui est une manière élégante de dire qu’elle est en train de mourir, mais lentement, pour ne pas affoler les usagers.
Jean‑Pierre : le caillot qui bloque tout, même l’espoir
Jean‑Pierre est cadre administratif. Il ne prend pas de décisions — il les ouvre. Il ouvre des fichiers comme d’autres ouvrent des cercueils : avec prudence, avec peur, et avec la certitude qu’il va trouver quelque chose de mort dedans.
Version 1. Version 2. Version 2 finale. Version 2 finale harmonisée. Version 2 finale harmonisée corrigée. Version finale “Jean‑Pierre modifs”.
Jean‑Pierre n’a jamais lu une seule diapo. Mais il les obstrue toutes. C’est le caillot qui bloque la circulation du travail. Si la France est en embolie, Jean‑Pierre est le premier symptôme.
Et comme tous les caillots, il ne se doute de rien. Il vit heureux. Il bloque. Il respire. Il recommence.
Marc : l’hypoxie qui modifie pour ne pas disparaître
Marc modifie. Il modifie tout. Il modifie même ce qui n’existe pas encore.
Une virgule ? Il la déplace. Un titre ? Il le reformule. Un tableau ? Il le recolore. Un fichier ? Il le renomme “version finale”.
Marc ne travaille pas : il respire. Il laisse des traces, comme un animal blessé qui marque son territoire avant de s’éteindre.
Marc est l’hypoxie administrative : il prive le travail d’oxygène en le saturant de micro‑gestes inutiles.
Marc est l’homme qui, face à un incendie, repeint les extincteurs.
Françoise : l’asphyxie institutionnelle
Françoise ne lit pas les documents. Elle les ressent. Elle a un don pour détecter la cohérence — et l’étouffer.
Elle dit : « Je ne suis pas sûre que ce soit pertinent. » Même quand c’est pertinent. Surtout quand c’est pertinent.
Elle dit : « On devrait harmoniser. » Même quand c’est déjà harmonisé. Surtout quand c’est déjà harmonisé.
Françoise est l’asphyxie institutionnelle : elle coupe l’air avant qu’il n’arrive aux poumons.
Françoise est la personne qui, face à un noyé, propose de “mettre en place un groupe de travail sur la respiration”.
Et pendant ce temps… le seul cadre sérieux réanime les morts
Pendant que Jean‑Pierre bloque, que Marc modifie, que Françoise contredit, il y a un cadre sérieux.
Un cadre qui lit les textes, qui comprend les consignes, qui sait fusionner deux fichiers sans créer un chaos numérique, qui sait travailler sans réunion, qui sait décider sans procédure.
Ce cadre-là passe son dimanche à recoller les morceaux d’un diaporama que les trois autres ont réussi à mettre en arrêt respiratoire en 48 heures.
Il ne dit rien. Il travaille. Il répare. Il réanime. Il sauve la réunion du lundi matin.
C’est le SAMU de l’administration. Le seul qui a encore un peu d’oxygène dans les poumons.
Et comme tous les sauveteurs, il sait qu’il réanime un patient condamné. Mais il le fait quand même. Par décence. Par habitude. Par masochisme.
Conclusion : la France n’est pas en déclin, elle est en décomposition administrative
La France n’est pas pauvre. Elle est administrée à mort.
Elle a remplacé :
-
la compétence par la coordination,
-
la décision par la concertation,
-
le métier par le diplôme,
-
le travail par la réunion,
-
l’efficacité par la procédure,
-
le pilotage par l’harmonisation.
Et dans ce grand hôpital bureaucratique, chacun joue son rôle : Jean‑Pierre bloque, Marc modifie, Françoise contredit, et le seul cadre rigoureux réanime.
La France administrative ne meurt jamais. Elle pourrit. Elle fermente. Elle se conserve. Comme un fromage oublié dans un frigo trop plein.
Merci de votre écoute. À demain, si l’administration n’a pas encore décidé de créer une “version finale” de cette chronique.
== Le Veilleur ==
10:51 Publié dans Chronique, Chronique, survie administrative,, Survie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chronique, administration